"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

04 octobre 2008

Sainte Aurore (Aure, Aurea), abbesse de Paris, fille spirituelle de saint Éloi et saint Colomban


SAINTE AURORE, VIERGE ET ABBESSE À PARIS (+ 666)
(Aure, Aurée)
Après avoir fondé et solidement établi son monastère de Solignac en Limousin, saint Éloi, encore laïc, songea à transformer en hospice pour les voyageurs une maison qu'il possédait à Paris. Après avoir mûrement réfléchi, il changea d'avis et y installa un monastère de vierges où il rassembla jusqu'à 300 jeunes filles de nations diverses, choisies parmi ses servantes ou les nobles franques. Il mit à leur tête Aurore ou Aure, fille de Maurinus et de Quiria, en leur donnant "la sévère discipline d'une règle" qu'il faut sans aucun doute identifier avec celle de saint Colomban de Luxeuil, monastère où saint Éloi avait été formé. Saint Éloi veilla soigneusement sur sa fondation qu'il dota richement et voulut travailler lui-même à l'emménagement. Ceci se passait en 633.
Quand le monastère fut achevé, saint Éloi édifia une basilique en l'honneur de l'apôtre saint Paul pour recevoir la sépulture des servantes de Dieu. Cette église Saint-Paul, paroissiale au moins depuis le 12ième siècle, fut fermée à la Révolution et détruite en 1798.
Saint Éloi restaura un autre oratoire et, en souvenir de son origine limousine, le mit sous le patronage de saint Martial de Limoges : c'était là que la communauté venait chanter l'Office.
Parlant de sainte Aurore, saint Ouen a fait son éloge en disant qu'elle était une fille digne de Dieu. Elle fut en effet le modèle de ses soeurs qu'elle forma par son exemple et par de sages instructions puisées dans la lecture de l'Évangile, à toutes les vertus Chrétiennes et monastiques.
Dieu fit se manifester sa vertu par des miracles : elle entra dans un four ardent, et en tira des charbons tout rouges avec ses mains sans en être brûlée. L'oraison perpétuelle était sa pratique habituelle; quand elle voyait quelqu'un dans la peine ou dans la misère, elle s'empressait aussitôt, avec une charité infatigable, de le consoler ou de le secourir.
Sept ans après sa mort, alors qu'une terrible peste ravageait Paris, saint Éloi apparut dans l'église Saint-Martial à un jeune homme qui, terrifié, voulait se cacher quand l'évêque lui ordonna d'aller dire à l'abbesse qu'il l'attendait. Elle se hâta, mais il avait déjà disparu quand elle arriva: elle comprit qu'il l'invitait à quitter ce monde. Elle mourut en effet peu après, avec 160 moniales, le 3 octobre 666, et fut ensevelie à Saint-Paul. C'est en s'occupant des pestiférés et soulageant les affligés qu'elles avaient contracté la terrible maladie.
Cinq ans après, ses reliques furent transportées dans la ville et déposées dans l'église de Saint-Martial, qui changea son vocable en Saint-Éloi-et-Sainte-Aure. Cette élévation et translation de ses saints restes est la manifestation de sa canonisation à l'époque Orthodoxe de l'Église en France.
Tombé en pleine décadence, le monastère fut donné aux moines hétérodoxes de Saint-Maur-des-Fossés en 1107.
Le 3 avril 1402, on fit une translation solennelle de ses précieux restes; on les renferma dans une nouvelle châsse, et on les porta à l'église Saint-Paul, d'où ils furent rapportés au monastère de Saint-Martial. La châsse était découverte et exposée à la vénération des fidèles, à la fête de sainte Aure et aux 2 fêtes de saint Eloi. Le prieuré subsista jusqu'à la Révolution qui détruisit tout. La châsse fut enlevée par les révolutionnaires en 1792 mais les reliques de sainte Aure qui y avaient été conservées furent sauvées mais dispersées en divers lieux, nottament en Normandie. Fin du 19ème siècle, un lieu de culte hétérodoxe parisien en possédait quelques fragments (Saint-Paul-Saint-Louis).

Comme pour tous les saints de l'Occident Orthodoxe, sainte Aurore a vu sa vie accaparée par la nouvelle religion, avec transformations et amplifications tardives. C'est dans la vie de saint Colomban de Luxeuil écrite par son disciple saint Jonas et celle de saint Éloi écrite par saint Ouen, que l'on trouve les informations les plus concrètes et sûres concernant sainte Aure et ses moniales à Paris :
a. Vie de S. Colomban, liv. 2, chap. 10 (Biblioth. hag. lat., n. 2773) : fondation par saint Éloi d'un monastère de femmes à Paris sous la direction de sainte Aure.
b. Vie de saint Éloi, liv.1, chap. 15 et liv. 2, chap. 49 (Biblioth. hag. lat., n. 2474), donnent chiffres et détails, mais ayant été réécrite au 11ème siècle, c'est sujet à caution. Ces réécritures sont démontrées par la science paléographique, ce ne sont donc pas de vaines remarques d'urticaire anti-hétérodoxe, mais une saine prudence face à des falsifications prouvées. Même les Bénédictins hétérodoxes mettent ces réécritures en évidence.


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"(17) De leur côté, Abelin et les autres évêques gaulois s'emploient désormais à soutenir les institutions du bienheureux Colomban. Nombreux, dès lors, sont ceux qui, pour l'amour de Colomban, construisent des monastères observant sa Règle, réunissent des communautés, rassemblent des troupeaux du Christ. Parmi eux, un homme qui portait alors le titre d'Illustre et qui gouverne à présent, comme évêque, l'Eglise de Vermand - puisqu'il est encore en vie, je dois m'abstenir de faire son éloge, sous peine d'être accusé de flatterie - Eloi, donc, construisit près de Limoges, au bord de la rivière de Vienne, le fameux monastère de Solignac, à 4 milles de la cité, ainsi que plusieurs autres moutiers dans la même région. De plus, il bâtit à Paris un monastère de femmes, que lui avait octroyé la munificence royale, et il mit à sa tête la vierge du Christ Aurea."
"Vie de saint Colomban et de ses disciples", par saint Jonas de Bobbio,
abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°19,(extraits)


Évangéliaire dit de sainte Aure, milieu du IXe siècle, école de Reims. Reliure d'ivoire et d'orfèvrerie.

source : gallica.bnf.fr

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